Républicain espagnol et communiste, Virgilio Peña a cent ans aujourd'hui

Humble ouvrier agricole andalou, Virgilio est devenu un "héros" malgré lui, une "estrella" (une star) dit-il en pouffant de rire, grâce à son épopée militante  et au documentaire "Rouge miroir" (Dominique Gautier et Jean Ortiz). La télé publique andalouse l'a programmé à plusieurs reprises. Le centenaire a une allure, un humour, une verve, une mémoire de jeune homme. Et des idéaux intacts."Toute ma vie j'ai été communiste. Et j'en suis fier."

Virgilio est né le deux janvier 1914, d'un père ouvrier agricole et d'une mère vendeuse de "churros", dans un village emblématique de la province de Cordoba: "Espejo" (en français: "miroir", cela ne s'invente pas), village à la blancheur rebelle, inondé d'oliviers et dominé par le château de la duchesse.

PORTRAIT DE Jeannette OPPMANN

Jeannette OPPMANN, née ZELBSZTEJN (1907-2004)

Volontaire en Espagne Républicaine – Résistante FTP

 

Récit extrait par Pierre Rebière d’une interview de Jeannette OPPMANN, réalisée par Jeannette Patzierkovsky pour Radio-France (2000)

 

1907 : naissance à WILNO, dans la partie de la Pologne acquise par la Russie lors du dernier partage (1795), la Pologne n’existant plus comme Etat depuis lors.

Famille juive non pratiquante –le père fait même profession d’athéisme- qui n’habite pas le ghetto : on porte des vêtements « à l’occidentale ».

Sa mère est fille d’un régisseur de domaine et, chose rare pour une femme, sait lire et écrire (grâce à des cours particuliers à domicile). Elle est restée en relation avec des amis de Wilno devenus étudiants à Petrograd. Elle a suivi, par eux, les événements de 1905.

 Son père, de dix ou douze ans plus âgé qu’elle, a bourlingué : artisan fourreur autodidacte, il a quitté Wilno pour les U.S.A. d’où il est revenu, ave un peut d’argent, pour se marier en 1906. Il est fier de sa condition qui permet à son foyer de connaître une certaine aisance (il y a des bonnes à la maison). Aux U.S.A., il a adhéré au parti social-démocrate, à son aile gauche. De retour chez lui, il garde ces opinions (et soutiendra les bolchéviks). En revanche, sa naïveté en affaires lui vaut de perdre et sa petite fortune et sa condition d’artisan indépendant : il devient ouvrier dans une entreprise de pelleterie.

 1914 : la guerre éclate, l’entreprise est évacuée sur Moscou, la famille suit. C’est une existence d’errance et de précarité qui commence, celle de réfugiés. En même temps, le père est de toutes les manifestations, souvent avec sa fille qui a dix ans en 1917. Il y a un petit frère, de 5 ans plus jeune, un autre naîtra en 1918.

1918-1919 : fin de la guerre, révolutions, retour à Wilno, où tout a disparu. Le père s’emploie en usine comme repasseur, la mère reste au foyer avec les 3 enfants de 12, 7 et 1 an à peine. C’est  à nouveau la précarité. Toutefois les parents de Jeannette tiennent à ce qu’elle soit instruite (et même plus que sa mère).

 En 1920, Wilno –revendiquée par la Lithuanie et la Pologne- est occupée par les Polonais : Jeannette, qui a commencé ses études secondaires (en russe) à Moscou, les achève (en polonais) en 1922 : elle est bachelière à 15 ans et parle couramment le russe et le polonais, mais pas le yiddish. Problèmes :

  • Pour le père : comment vivre ? il repart aux U.S.A.

  • Pour la fille : comment étudier ? la nouvelle Pologne est tout autant anti-russe qu’antisémite et impose dans ses universités un « numérus clausus » contre les Juifs. Jeannette, tentée par des études d’histoire (puis plus tard, de médecine) cherche hors de Pologne et, en 1923, trouve la France, dont elle ignore la langue. De 1923 à 1927, le père envoie de l’argent.

1923-1927 : arrivée en France, via la Suisse, à la Faculté de Lettres de Besançon puis à celle de Médecine de Montpellier (où elle connaît son futur mari) puis à Paris. Petit boulots pour subsister, surtout après 1927 (mort du père). Un dragon incarné dans un professeur de parasitologie bloque la vocation médicale de Jeannette en fin de 3e année (1930)…

 1927 : adhésion au P.C.F. -  Jeannette, polyglotte (4 langues et plus tard l’espagnol et l’italien) milite à la M.O.I. et sert d’agent de liaison entre P.C.F. et Komintern (et Profintern). En 1932-1933, elle va à Moscou.

 1930-1936 : emplois alimentaires précaires (gardes, emplois sur la ligne ferroviaire de la petite ceinture…).

En 1934, elle a 27 ans, elle va connaître de la répression dans les Asturies, menée par le Général Francisco Bahamonde Franco, contre les mineurs en grève. Elle entend Dolorès Ibarruri à cette occasion. Le Profintern l’envoie en mission clandestine d’information sur place.

 1936 (août) : 1 mois à peine après le putsch de Franco contre la République du « Frente Popular » et alors que la France est dirigée depuis 3 mois par un « Front Populaire » (gouvernement Blum + radicaux avec le soutien sans participation du P.C.F. de Thorez), Jeannette part pour aider l’Espagne ave un médecin (Robert WEISS), 2 chirurgiens et des médicaments. Les Brigades Internationales n’existent pas encore.

Arrivée à Barcelone, en train, départ immédiat en bateau pour Minorque, puis Majorque aux Baléares, qui en même temps, sont occupées par les putschistes. Retour en toute hâte par le dernier bateau pour Barcelone avec des nombreux blessés et sous les bombardements de l’aviation italienne.

Robert WEISS rentre en France, les deux chirurgiens sont envoyés l’un à Madrid, l’autre à Barcelone ; Jeannette est affectée au front d’Aragon, vers Huesca (septembre/octobre 1936).

Les conditions de fonctionnement sont très rudimentaires (avec même un médecin espagnol volant la morphine pour sa propre consommation !).

A partir d’octobre 1936, les premières Brigades Internationales arrivent et participent d’emblée à la très dure bataille de Madrid (Cité Universitaire, Jarama, Guadalajara). Thadée Oppmann, avocat, en fait partie comme capitaine (« Lucien »), mais il est une première fois blessé dès le 6 novembre.

 Février 1937 : Jeannette rejoint la 14e Brigade (« La Marseillaise ») comme commissaire de santé (elle envoie sa solde, via son frère, à sa mère en Pologne).

Marty, grand coureur de jupons et grand macho, qui décide de tout comme un proconsul de l’Internationale, la vire de la 14e Brigade et elle rejoint le 5e régiment –celui du P.C.E.- du Général Modesto, près de Madrid. Elle coordonne les soins aux blessés et les oriente vers les hôpitaux de campagne, selon la gravité. Beaucoup de matériel médical provient d’Angleterre, avec aussi des personnels de santé, des infirmières généralement peu motivées et qu’elle juge hautaines…. On opère jour et nuit, les blessés en attente d’ambulance sont mis dans un abri, sous terre…

Jeannette a droit à une voiture (avec un chauffeur tchèque qu’elle retrouvera plus tard à Prague, en 1945) : la voiture est un objet rarissime… Nombreuses missions dans le « no man’s land » entre les lignes.

Elle a aussi un pistolet, dont elle se sert parfois pour faire revenir des candidats-déserteurs dans leur unité…

Parmi les médecins militaires des Brigades, elle rencontre le Docteur CROME (communiste anglais), le Docteur ROUQUES (chirurgien, P.C.F.), etc…

A la terrible bataille de l’Ebre, elle « co-participe » à la naissance d’« Ay Carmela », chanson qui deviendra un symbole et où chacun y va du couplet supplémentaire de sa composition.

 Décembre 1938 : retrait d’Espagne de non-Espagnols, dont des Brigades internationales.

Beaucoup de pleurs, quelques mesquineries de Marty qui fait fouiller les valises des partants suspectés d’emporter des objets de valeur (montres en or, …). Thadée OPPMANN, atteint de septicémie et soigné par un médecin espagnol connu par Jeannette à Barcelone, est déjà rentré. Dans le train pour Paris, des Américains distribuent des dollars. Arrivée à Paris sans fanfare ni trompettes début décembre 1938 : son mari l’attend devant un café-crème.

 1939 : Jeannette d’occupe d’enfants espagnols réfugiés et de leurs familles. Séjour en Normandie, dans une colonie d’une ville de la banlieue parisienne.

La guerre éclate début septembre, le P.C.F. est interdit, ses élus pourchassés, ses mairies confiées à des délégations spéciales : elle reçoit sa lettre de licenciement qui marque aussi le début de sa vie clandestine jusqu’en 1944.

Elle vit d’abord à Paris, rue Martin Bernard, sur la Butte-aux-Cailles, près de la Place d’Italie : elle est chargée de la parution de l’Humanité clandestine, doit trouver des imprimeurs, porter les manuscrits, les corriger, s’occuper des fournitures, de la diffusion, du paiement des fournisseurs, etc…. un jour, elle doit elle-même évacuer et entreposer chez elle tout un tirage…

Plus tard, elle gagne Bayonne pour s’occuper de réfugiés.

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